24 juillet 2006

Canadien, Canadienne tire

Dans son excellent livre "Il ne faut pas toujours croire les journalistes", Mario Cardinal fait état de la pauvreté de l'information sur le Canada que fournissent les médias québécois.

 

Les journalistes, plus que n'importe qui, préfèrent se tenir à distance de tout ce qui n'est pas couverture obligatoire de l'actualité canadienne. Au-delà de la simple nouvelle, les analyses qu'ils en font sont généralement d'ordre politique ou économique. (...) En général, l'intérêt des journalistes pour le Canada passe par leur état de Québécois. (...) La confédération les intéresse, non pas dans ses composantes et ses complexités, mais dans ce qu'elle signifie pour le Québec sur les plans constitutionnel et politique. Pour le reste, leur attention se laisse attirer par les faits divers, par quelques discours de budget et par les statistiques mensuelles de chômage... qui permettent de relativiser celui, endémique, du Québec. (p.145)

 

medium_blue-canadian-flag.gifIl a tout à fait raison, les journalites qui parlent du Canada sont immédiatement suspectés de faire de la propagande. Tourner un documentaire sur l'histoire du Canada, c'est automatiquement participer à une opération d'écrasement de l'identité québécoise. Au Québec, se consacrer à couvrir le Canada, c'est mettre en péril sa crédibilité journalistique vis-à-vis du public. C'est un peu fou non?

 

C'est que le Québec fait encore partie du Canada...

 

Pour constater l'ampleur du fossé qui nous sépare, au Québec, du Canada, il suffit de petits exercices bien simple.

 

1- Visiter le site de la CBC et celui de la SRC.

Les nouvelles présentées sont complètements différentes. Sur le site de la CBC, on apprend, par exemple, que la Saskatchewan est aux prises avec des problèmes de sècheresse qui nuisent à son blé (exemple ficitf, ne cherchez pas ça). C'est le genre de sujet qui est complètement absent de la SRC. Pourtant, le gouvernement fédéral devra prendre des mesures et dépenser NOTRE argent pour aider ces cultivateurs. Ça nous touche! C'est aussi pour ça, sait-on jamais, que le prix de notre pain va augmenter... C'est un exemple parmi tant d'autres. Mais faites l'expérience: visitez pendant une semaine ces deux sites et constatez.

 

2- Acheter un journal anglophone.

Fin juin, je me suis acheté le National Post, le plus grand quotidien canadien. J'en fus totalement stupéfait. C'était deux jours après la mort de la soldate canadienne Nichola Goddard, en Afghanistan. Au Québec, cette nouvelle avait eu comme couverture la page 3 du Devoir, la page 18 de La Presse (numéros fictifs, mais c'était à peu près ça) et, comme plus grand coup d'éclat recensé, cet éditiorial pathétique et hystérique de Lise Payette (qui mériterait à lui seul un article de blogue, allez voir c'est complètement stupide). C'est tout.

 

Dans le National Post, la dame avait droit à une bonne dizaine de pages dans la cahier principal. Le tout était accompagné d'une analyse de la mission canadienne en Afghanistan. Au Québec, bien rares sont ceux qui peuvent dire ce que font les soldats canadiens là-bas et la plupart pensent que c'est Harper qui les a envoyé là. N'est-ce pas un enjeu qui nous concerne? J'ai bien peur qu'il faille attendre la mort d'un soldat originaire de Rouyn avant que les médias québécois s'y intéressent pour vrai.

 

Ce n'est pas compliqué, lire un journal anglais nous donne parfois l'impression de lire un journal italien tellement ce qui s'y raconte nous est nouveau et inconnu. Ce n'est sûrement pas normal. 

 

Pour vous remettre en contact avec votre canadien intérieur, laissez-moi vous recommander l'excellente revuemedium_canadia.jpg Maclean's (leur site internet n'est pas à la hauteur de leur revue, c'est bien dommage), un hebdomadaire de grande qualité, si on oublie un peu le graphisme.

 

S'intéresser au Canada est essentiel pour tout Québécois qui veut comprendre son environnement politique provincial et même municipal.

 

Mais plus important encore: si les médias québécois ne parlent pas du Canada, ils sont par conséquent obligés de remplir les minutes laissées libres par quelque chose d'autre. Ne vous demandez pas pourquoi alors on peut faire 5 jours de bulletins et de unes avec un petit gars qui perd ses 2 pieds dans un aqua-parc...

 

Vous pouvez le dire: Mathieu, c'est ton envoi le plus ennuyant depuis le début de ton blogue. Je sais. Vous aviez qu'à ne pas le lire. Nia.

 

 

 

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Commentaires

Pour ma part, je ne l'ai pas trouvé "ennuyant" mais révèlateur

Ecrit par : Polymie | 26 juillet 2006

Reste à savoir révélateur de quoi...

- Que je suis ennuyant?
- Que je suis fédéraliste? (!!!)
- Que sais-je encore....

Merci de l'avoir lu au complet, à tout le moins.

J'adore les inconnus qui commentent.

Ecrit par : Mingus | 27 juillet 2006

Je suis totalement d'accord avec toi Mathieu, et c'est pas simplement le journalisme canadien qu'on ignore, mais la culture canadienne (oui, je l'ai dit) au complet qui nous est inconnue.

Moi, j'adore les spectacles de Juste pour rire en anglais. Au lieu d'avoir des humoristes chiants qui cherchent une identité québécoise (je simplifie beaucoup parce que j'adore Jean-Thomas Jobin, Louis-José Houde, Sol, Yvon Deschamps, les Chic'n'swell et autres) on a de l'humour d'une grande fraîcheur parce que contrairement à ce qu'on s'imagine, les Canadiens savent qui ils sont, vraiment, et ils savent surtout en rire.

Passez la barrière linguistique et vous avez un humour frais, simple, intelligent, et surtout, drôle! ça prend pas, contrairement à ce que le documentaire "Humour PQ" peut nous laisser croire, un énorme travail de mise en scène sur les virgules, le nombre de mots, un langage articulé pis une formule toute préparée par l'école de l'humour pour faire de bonnes blagues.

À chaque fois que je vois un spectacle "Just for laughs", je ris vraiment. Ce que je ne peux pas vraiment dire d'un spectacle de Laurent Paquin ou Peter McLeod à "Juste pourrire"

Ecrit par : jojo l'inconnu | 27 juillet 2006

Il y a quelques commentaires bizarres dans cet envoi.

Dont celui-ci: tu encenses le National post pour avoir offert une dizaine de pages à une obscure soldate canadienne morte au front en Afganistan. Le message sous-entendu: les Québécois devraient également profiter d,une telle couverture. Enfin.

Tu portes finalement un jugement de valeur sur la couverture de l'actualité canadienne au Québec. Elle serait anormalement insuffisante. Il faudrait en savoir autant que les britannico-colombiens sur l'état des forêts de séquoias. Cela en raison des conséquences potentielles sur le monde municipal et provincial. On voit que le lien est ici très ténu. Entendu, bien sûr, qu'il n'y a pas absences d'infos canadiennes au Québec.

Ce que tu proposes en substances: que les journalistes dépasse leur inclination normale envers une information axée sur la réalité québécoise pour intégrée davantage -plus que ce n'est le cas aujourd'hui- la réalité canadienne.

Ce débat tourne -on l'aura compris- autour de la notion de normalité. La normalité est que les journalistes rapportent les informations selon le cadre référentiel qui est celui de la majorité de leurs auditeurs, à savoir, dans le présent, la nation québécoise. Tu proposes de changer ce cadre pour l'élargir au Canada. Est-ce souhaitable? Ça dépend des buts qu'on poursuit? Chose certaine, ce n'est pas ce qui est normal comme tu le prétends. Car comme nous le savons, le Canada n'a pas vraiment de liens partagés et communs aux plans historique, sociologiques et politiques.

Ecrit par : Opium | 29 juillet 2006

Chronique d’humeur contenant plusieurs affirmations bizarres. Citation mal interprétée, argumentation pauvre et conclusion, forcément, très fragile. Sous la plume de notre jeune scribe, Cardinal fait soudainement de l’analyse sociologique alors qu’il parle du biais des journalistes québécois. Maladresse ou malhonnêteté intellectuelle? Quelques exemples par ailleurs d’affirmations bizarres: les journalistes couvrant l’actualité canadienne sont soupçonnés de faire de la propagande, couvrir le Canada c’est mettre en péril sa crédibilité journalistique. Il faudra en toucher un mot à Antoine Robitaille au Devoir et aux nombreux correspondants de la SRC au Canada anglais. Les pauvres, ils risquent de perdre leur emploi en plus de risquer la vindicte populaire. Tiens donc...

Notre scribe tombe ensuite dans l’éloge de la presse canadienne anglaise. La couverture serait censément plus dense et complète. Lecteur occasionnel du National post, je peux vous certifier que la couverture québécoise de ce quotidien est infiniment plus déficiente que la couverture canadienne de nos grands médias québécois. Les bulletins de nouvelles anglos ne sont guère mieux.

Le fond du propos de notre ami est le suivant: un déficit démocratique découle du manque de couverture canadienne. Pour supporter cette conclusion, il évoque deux cas plutôt risibles: une obscure soldate canadienne morte au combat méritant plus de 10 pages dans le National post et une sécheresse en Saskatchewan; dans les deux cas, les médias québécois seraient demeurés très laconiques. Plutôt faible comme démonstration; y a pas une soirée où ne voit pas Frédéric Arnould (correspondant dans l’ouest) au téléjournal. Sans compter qu’on nous parle sans arrèt du gouvernement fédéral et du Conseil de la fédération. Et il y a également les rubiques et chroniques ‘‘canadiennes’’ dans nos grands quotidiens.

Ce texte nous rappelle un trait de notre fragile identité québécoise: la tendance à l’apitoiement, au misérabilisme, notre inclination pour l’auto-flagellation. Il semble avoir un réel plaisir chez certain à porter des jugements négatifs. L’ombre de l’immoralité est jamais bien loin: ‘‘pas normal’’, pas démocratique, etc.

Pour finir, je dirais qu’il n’y a pas de mal à ce que les journalistes couvrent davantage et surtout l’actualité québécoise. C’est l’état québécois qui contrôlent l’essentiel des pouvoirs qui touchent de près au citoyen (santé, éducation, services sociaux). Et la nation québécoise est le cadre de référence principal des Québécois, tant au plan historique, sociologique que politique.

Ecrit par : Vincent (Opium) | 29 juillet 2006

Quelle surprise, il n'y a pas que le blogue qui soit bizarre, mais les commentaires également. Un en particulier, celui de Jojo l'inconnu. Son jugement: il n'y a pas que le journalisme qu'on ignore mais surtout la culture canadienne. Il trace ensuite un parrallèle entre l'humour québécois, chiant -en recherche d'identité- et l'humour canadien anglais, frais et intelligent.

Primo, il n'existe pas de culture canadienne en tant qu'entité distincte et originale, mais bien une culture anglo-américaine à l'intérieur de laquelle nos amis du Canada participent de plein pied. La question est donc la suivante: sommes-nous ignorants de la culture anglo-saxonne au Québec? Quiconque réponds ''oui'' à cette question est sérieusement tombé sur la tête. Nous baignons littéralement dedans; radio, journaux, télé, alouette...

Le commentaire sur l'humour est plus ridicule, tellement il est réducteur et fait appel à un jugement manichéen et simpliste. Les humoristes québécois seraient en recherche d'identité tandis que les canadiens-anglais, eux, sauraient qui ils sont. Eux seraient drôles et les nôtres seraient chiants. Cela nous transporte nécessairement dans le curieux monde de la psyché collective québécoise. Il y a un trait, visiblement, qui a la vie dure: l'idéalisation de l'Autre vs dévalorisation excessive de soi. Voilà un travers de notre personalité nationale que le frère Untel critiquait, travers qui malheureusement se perpétue chez les gens de ma génération. En langage psychiatrique, ce trait fait partie de la grande famille des distorsions cognitives, lesquelles tordent la réalité pour la faire entrer dans des catégories pré-existentes. Dans le cas présent, (l'idéalisation de l'Autre vs dévalorisation de soi) ce trait ne peut que contribuer à nous démoraliser collectivement et à nous inhiber au plan de l'action collective. Voilà qui est très positif...

Ecrit par : Vincent | 29 juillet 2006

scuse moi, Vincent, je ne saurai que commenter.

Ecrit par : jojo | 29 juillet 2006

Il m'est arrivé très souvent de lire une nouvelle intéressante et/ou importante dans un journal du Canada Anglais et de surveiller nos journaux francophones pour voir si nous aurions droit nous aussi à la nouvelle. Comme la nouvelle n'est presque jamais reprise au Québec, je traduit l'article et tente de le faire éditer dans les sections OPINIONS DU LECTEUR. Avec le journal le Soleil de Québec, n'essayez pas de faire publier une nouvelle en provenance du Canada anglais. Vous perdez votre temps. J'ai tenté de faire publier une nouvelle concernant l'achat d'un tableau par monsieur Serge Joyal. Jamais la nouvelle n'a été publiée en français. Puis cette autre nouvelle concernant un éminent HISTORIEN BRITANNIQUE qui aurait sorti un livre pour promouvoir les mérites de la batailles des Plaines d'Abraham. Jamais je n'ai pu faire publier la nouvelle et pourtant en 2009, Québec fêtera son 250ième anniversaire de cette bataille. VRAIMENT LE QUÉBEC SE COMPORTE EN "TRÈS PETIT". Est-ce que ce serait ses racines normandes qu'Il aurait conservé? Étrangement, en Basse-Normandie et spécialement le Perche d'où viennent la majorité de nos ancêtres fait parti du département de l'ORNE (61) considéré comme l'un des plus pauvres de FRANCE. Les mentalités sont demeurés les mêmes qu'au XVième sìècle et par rapport au Québec, c'est fou ce qu'il peut y avoir une similitude. BRAVO POUR VOTRE TEXTE, IL EST ABSOLUMENT PERTINENT ET JE LE PARTAGE ENTIÈREMENT.
Gilles Pelletier, Québec.

Ecrit par : Gilles Pelletier | 29 juillet 2006

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