31 octobre 2006

Brossard, quand tu nous tiens

Le blogue de Mathieu C est plus que fier d'accueillir un nouvel auteur invité. Il s'agit cette fois-ci de Caro(tte) La(rocque). Elle nous raconte, forte de ses nombreuses lectures de National Geographic, sa plus récente escapade vers des contrées lointaines et inhospitalières.

 

Laissez-vous dépayser par ses descriptions exotiques et le récit de ses rencontres avec les indigènes de l'endroit. Danger, aventure, exotisme et nature exhubérante sont au rendez-vous! Il ne manque que l'érotisme!

 

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Brossard, quand tu nous tiens

 

Hier, j'ai vécu l'expérience Brossard. Pas l'expérience comme on se doute, avec un petit « e » et tout plein de petites lettres après, non. L'Expérience, Das Experiment, de celles qu'on lit d'un trait avec quelques frissons dans le dos.

 

M'en revenant de ma petite campagne, pleine de soleil, neuve et chlorée, mais tout de même angoissée par le coup de tête que j'ai eu de me booker un billet dernière minute pour le Mexique dans une semaine, j'arrive à Brossard, à la gare de Panama. Déjà, il devrait y avoir un léger ton exotique dans le paysage, compte tenu du nom, mais, mis à part le fait que je sois la seule Québécoise dans la place et que le court pour tirer des balles de golf dans un net soit surplombé de quatre jonctions d'autoroute qui me rappelent vaguement l'Afrique du Sud, c'est un leurre. À ce moment par contre, avec en arrière-pensée mon prochain petit voyage, je me rends compte que je me sens, dans cette gare de la rive-sud, exactement comme quand je suis dans un autre pays, fébrile de prendre l'autobus parce que je sais pas comment ça marche, que je prépare une phrase d'urgence en anglais pour avoir l'air fluente, faut-tu que je donne l'argent juste, fallais-tu que j'aille acheter un billet quelque part, et puis je cherche, toujours en restant en apparence hyper cool et habituée au trajet 45.

 

Et puis y'a ce maudit petit couple chiant archi « on-s'en-va-en-ville-aux-Francos-voir-le-show-de-clôture-de-Éric Lapointe-sans-oublier-chacun-notre-sac-de-taille» qui arrête pas de se demander « where is the bus? must be this one... no ». Et puis il arrive... LE bus qui, loin de me ramener au Québec, exhibe un cul long de même. Est-ce un train? Est-ce un monstre? Non! C'est un autobus-accordéon! J'ai jamais essayé ça! Je suis toute excitée, j'échappe par terre mon 3,25$ bien calculé pour pas, oh! malheur, devoir faire attendre tout le monde derrière moi parce qu'il me manque 10 cents et aller le chercher dans mon portemonnaie, qui est au fond de mon super sac pas fonctionnel « parce que c'est lette, une sacoche ». Bling-bling il fait, mon change qui tombe dans le compteur. Wow, c'était facile. Le chauffeur me regarde. « Madame, y'a pas de billet qui ressort, vous pouvez circuler". Ah, merde. Bon, je choisis d'aller juste à côté de l'accordéon, pour voir comment ça marche ces bus-là. J'ai l'impression d'être dans l'OVNI de la Ronde, y'a comme un cercle qui bouge au centre pour que les gens puissent circuler quand le bus se plie, et ça ressemble déjà à un manège. Yeah, on part!

 

Dès le premier tournant, je me dis qu'ils auraient pu mettre une pancarte du genre “ne fixez pas trop longtemps des yeux la structure en accordéon quand l'autobus est en marche, ça donne mal au coeur”. Je m'émerveille, entre deux étourdissements, de l'ingénierie derrière tout ça, comment faire en sorte que tous les accordéons y aillent tout doucement pour pas que la personne au milieu de tout ça se ramasse le ..ouch, ok, c'est pas si le fun, une fois sur le pont, ça brasse en criss. Je me sens pas bien, j'ai hâte d'être chez nous, j'aime pas tout à fait les autobus sur le pont, on voit pas les parapets. Je me concentre fort, puis comme j'arrive à m'imaginer qu'on vole, on pogne une bosse. Je suis déçue.

 

Y'a ce Mexicain qui me regarde tout le temps, qu'est-ce qu'il me veut, donc? Je lui fais un regard “c'est certainement pas toi qui va achever ma vie dans un caniveau”, puis je me rends compte qu'il a dans la main un livre intitulé “Réfléchissez et devenez riches”, alors je me dis qu'un gars avec autant d'ambition et de volonté de succès ne voudra surement pas gâcher tout ça et finir en prison pour le plaisir de me tuer. Mais ensuite, je me dis que c'est pas toujours réfléchi, les passes de folie. Puis, ensuite, je me dis que si mon amie Caro Murphy survit chaque jour depuis 21 ans dans cette jungle de banlieues défusionnées, je suis capable. Juste à ce moment, le Mexicain fait un sourire et je me rends compte qu'il le fait à un enfant à côté de moi. Bon, j'avais tout ce temps-là pensé que cet homme avait du bon, mais je voulais pas le dire avant, pour ne pas gâcher le punch.

 

Je retrouve mon émerveillement pré-angoisse, puis je regarde le majestueux fleuve Saint-Laurent qui, au coucher du Soleil, quand il fait chaud, est très beau. Y'a des ti-canards, des ti-ti-canards, y'a des bateaux, des oiseaux, des bandes de terres. J'ai l'impression de regarder une maquette, alors j'essaie très fort de faire abstraction de tout autour et de m'imaginer la main de quelqu'un qui va prendre une auto sur le pont à côté, et ça marche. Petit instant de bonheur. Je regarde dehors, et je me dis que c'est dommage parce que le bus passe juste à côté de chez moi, puis tourne pour m'amener 4 stations de métro plus loin. Crotte.

 

medium_Nuit-Carotte-Print-C10286089.jpegArrivés à Bonaventure, on entre dans un sous-terrain et je me sens exactement comme en arrivant à un aéroport la nuit. Puis je me lève en me disant que ces bus-là, c'est excitant, mais c'est tapecul plus qu'autre chose. Puis, y'a un gars qui se retourne et me dit “watch out la p'tite marche”, et je me dis que je suis vraiment à Montréal. Puis je sors et je me dis que je ne verrai plus jamais Brossard, ni mon amie Caro Murphy, de la même façon. Avec les yeux du coeur.

 

Caro(tte) La(rocque) 

 

 

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Commentaires

Bonjour Caro(tte) La(rocque),

C'est vrai que le voyage est d'abord un état d'esprit, plutôt difficle à déclencher... ''localement''. La track de chemin de fer entre Rosemont et le plateau, ça le fait aussi (idéalement, marcher vers l'ouest jusqu'à Outremont et la gare de triage... là, ça le fait en maudit).

Le retour est souvent tout aussi intéressant: brièvement entrevoir sous un autre angle ce qui nous est familier. Voir l'état des routes en revenant à Montréal, par exemple (et que je suis le seul que ça frappe autant?).

D'ailleurs, j'aimerais bien connaître la suite de l'histoire... comment voit-on son chez-soi une fois qu'on a vécu l'Expérience Brossard?

Bon Mexique!

M.Éborgner

P.S: Mathieu, tu féminises pas 'auteur' ? J'aurais pensé que dans la nouvelle orthographe...

Ecrit par : M.Éborgner | 01 novembre 2006

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