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27 février 2007
Mon premier article publié!
Voilà, c'est fait: je gaspille officiellement du papier pour imprimer un de mes articles. C'est le prestigieux journal L'Esprit Simple, le journal des étudiants en Communcation de l'UQAM, qui a le privilège de me recevoir.
Ne voulant pas intimider les autres collaborateurs du journal, ils ont préféré reléguer mon article en page 10. Ils se sont dit que les meilleurs lecteurs, ceux qui méritent vraiment de lire cet excellent article, allaient se rendre jusqu'à cette page.
Contrairement à ce que dit la version papier, les photos ne sont pas de moi, mais bien de Dominic Chouinard
Voilà donc mon premier article "officiel":
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En attendant l’assiette…
Par Mathieu Charlebois
C'est samedi, il est tard et notre estomac réclame sa dose de viande graisseuse et son pain de seigle. La scène est typique. Elle se passe dans à peu près n'importe quel restaurant de style « deli » qui est ouvert depuis plus de vingt ans.
En attendant l’assiette, nos yeux vagabondent, passent sur les bancs en cuirette, parfois sur les minis juke-box à chaque table et se posent inévitablement sur ces gros pots de condiments qui servent de décoration. C'est là, au vu de ces piments marinés et de ces tomates à l’aneth, que les questions affluent dans notre esprit embrumé… par l'heure tardive, bien sûr.
Les mange-t-on?
C’est au Roi du smoked meat, sur la rue St-Hubert, que j’ai pu discuter avec Francine Galland. Véritable baronne de la viande fumée, elle y travaille depuis 32 ans maintenant. Le Roi du smoked meat a établi en son commerce un véritable royaume du pot de condiment. Sa vitrine exhibe à nos yeux ébaubis plus de 80 de ces pots, alors que l’intérieur du restaurant présente une véritable haie d’honneur de « sweet pepper », juste derrière le comptoir.
« Alors, est-ce qu’ils sont là pour être mangés? », me suis-je empressé de demander à Mme Galland. « Ben oui! » Ouf, on se sent soulagé.
Depuis combien de temps c'est là?
Chaque semaine, le contenu d’une quinzaine de pots est utilisé pour accompagner les diverses commandes. À un tel rythme, les bocaux ornant la devanture sont changés chaque mois, à chaque nouvel arrivage.
Chez Fameux, coin St-Denis et Mont-Royal, c’est différent. Là également, les piments forts dans la vitrine sont là pour être mangés, mais ils sont dévorés à un rythme beaucoup moins frénétique. Ainsi, 2 pots par semaine sont consommés et ceux-ci peuvent avoir passé un bon… 8 mois sur la tablette. « On a jamais servi un piment avec du poil dessus », m’assure-t-on…
Comme si cette affirmation n’était pas en soi une preuve en béton de salubrité, j’ai contacté Jocelyne Sabourin, du service d'Inspection des aliments de la Ville de Montréal.
« Les pots peuvent rester sans danger dans la vitrine, au soleil, aussi longtemps qu’ils le veulent. » Le pH est faible, c’est dans le vinaigre et c'est une conserve. Le soleil ne vient donc pas rompre le fragile équilibre microbiologique des délectables marinades. « Ça va juste décolorer le piment un peu, mais c'est tout. » Une fois encore, on se sent soulagé.
Combien ça coûte, un pot?
En moyenne, un pot coûte une quinzaine de dollars. La vitrine du Roi du smoked meat en compte un peu plus de 80. On multiplie par quinze dollars. Sa vitrine vaut plus que celle du magasin de souliers juste à côté.
Pourquoi on décore avec ça?
Chez Fameux et chez le Roi, on s'entend: il s’agit du symbole même du Deli. Les pots ne sont pas dans la vitrine par manque d'espace, mais par souci esthétique et pour attirer la clientèle. Les pots ont leur place dans ces commerces depuis leur ouverture. Emplie de nostalgie, Mme Galland sort de son portefeuille une photo d’époque. Il y a 53 ans, la vitrine était identique.
Pour Christiane Michaud, designer d’exposition au Musée des Beaux-arts et professeur de design de présentation et de vitrine au Cégep du Vieux-Montréal, c’est là la force de ces atypiques décorations. Les marinades ne sont pas utilisées pour mettre les gens en appétit, puisque ce n’est pas ce qu’on vient déguster principalement, les piments exposés agissent comme un code, comme une signature. La tradition est assez forte pour que les pots parlent d’eux-mêmes : « ici, c’est délicatessen, smoked meat, pizza et frites »
Les origines de la décoration marinée se perdent dans les vapeurs de l’histoire. Selon Mme Michaud, il s’agit probablement d’une tradition juive européenne transposée ici. Il n’était sans doute pas facile de trouver au début du siècle et dans les années 50 de tels pots de marinade au Québec. Les restaurateurs devaient donc en importer de bonnes quantités. Tant qu’à en avoir tout plein, aussi bien s’en servir pour décorer. C’est jaune, c’est rouge, c’est orange… bref, c’est plein de vie.
Mais au-delà des considérations esthétiques, il existe une raison tout à fait gastronomique à l’étalage de ces marinades. Comme me l’explique Mme Galland, à leur arrivée dans l’antre de la viande fumée, les légumes ne sont pas assez marinés. Le mois d’exposition accomplit donc la double tâche d’égayer nos yeux et de mariner suffisamment le piment. En octobre, la fraîcheur des ingrédients utilisés oblige à augmenter l’attente à deux mois.
Suis-je normal?
Est-ce l’heure tardive qui me fait poser de drôles de questions ou les serveuses de deli ont l’oreille habituée à ces interrogations? Comme pour toutes les grandes questions de l’Homme à travers son histoire, les réponses sont multiples.
Ainsi, vous passerez peut-être plus pour un sot si vous posez des questions chez Fameux, où ça arrive « cinq à six fois par année », qu’au Roi du smoked meat, où les autobus de touristes français et l’exubérance de la décoration font monter le nombre de questions à « au moins 10 fois par semaine ».
23:20 Publié dans Articles "sérieux" | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note





Commentaires
bonjour
étonnant ces pots
c'est à Montréal ?
Ecrit par : bernard | 28 février 2007
En effet, les lieux mentionnés dans l'article sont Montréalais et les photos ont été prises au Roi du smoked meat.
Il s'agit d'une tradition probablement d'origine juive. Comme pour les bagels, il est difficile de trouver ça en Europe, parce que tout ceux qui avait la recette ont été transformés en viande fumée... justement.
Merci de me lire!
Ecrit par : Mathieu C | 28 février 2007
On peut trouver un autre article classique sur le Roi ici : http://www.montrealmirror.com/2005/033105/resto.html
Ecrit par : Alex | 01 mars 2007
Tiens mon cher. http://www.espritsimple.com/journal/culture/en-attendant-lassiette/
Ecrit par : Jess | 13 mars 2007
Et désolée, je réalise à l'instant qu'il n'y a apparemment pas de photos sur le site internet...
Ecrit par : Jess prise 2 | 13 mars 2007
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