09 mars 2007
Pour que la névrose nous quitte
Dans la vie, il y a les choses importantes, et il y a mon blogue. Aujourd'hui, une femme merveilleuse me permet de rallier un peu les deux. Doum C, merci beaucoup.
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Vous l'avez peut-être observée vous aussi. Vous savez, la fille pas très grosse qui arrive à la caisse, quelques litres de liqueur diète et des tonnes de paquets de gomme sans sucre dans les bras. Faut pas être dupe : c'est probablement tout ce qu'elle avalera dans sa journée. Son but : se remplir et faire disparaitre la faim pour un génial total de 0 calorie. Elle a même probablement pensé à mâcher l'emballage plutôt que la gomme, pour être sure de n'avaler aucune calorie.
L'avez-vous vu celle qui, sur son heure de lunch, regarde son assiette en se rongeant les ongles, avant de disparaitre à la salle de bain avec un petit air nerveux? Ou l'autre qui boit un thé en gigotant pendant que ses amis mangent une collation en jasant, et qui part ensuite en joggant jusqu'à la bibliothèque?
N-É-V-R-O-S-É-E-S.
Oui, je parle d'anorexie. On en parle souvent dans les médias et vous êtes peut-être même déjà tannés d'en entendre parler (ou de me voir utiliser le verbe parler), mais je me lance.
« Les filles dans les magazines sont trop maigres! » « Interdisons les maigrelettes dans les défilés de mode. Les jeunes filles qui les regardent sont trop influençables. »
Mouais, peut-être bien... « Mais pourquoi sont-elles si influençables? », me demande-je. « Ça ne serait pas la première question à se poser? Qu'est-ce qu'elles peuvent bien y chercher? Hein? Et pourquoi me parle-je toute seule? »
La validation.
Alors, on cherche les voies du mérite.
Se pointent ici la publicité et autres conditionnements sociaux. Les fameux squelettes dans les magazines, mais aussi avec la télé, le cinéma, la musique populaire, les panneaux publicitaires... le message de la maigreur (c'est même plus de la minceur) est partout. Et la publicité, quand elle est efficace, on ne la voit pas passer : elle est sournoise. Et pour une publicité qui nous dit de mettre du beurre sur notre steak, il y en a 5 qui nous vendent une paire de bottes avec une fille nue.
On vieillit donc avec l'idée qu'être maigre est important. Pourquoi donc? Pour la santé et la beauté? On ne sait pas vraiment au fond. Ce qu'on a appris à reconnaitre par contre, ce sont les voies vers la validation. Et, validée, la maigreur est.
Alors, va pour la maigreur. Anyway, pas manger, ça ne coute pas cher.
Comme on est plusieurs à avoir vu et enregistré les mêmes messages, on se met même à encourager la névrose en se conditionnant mutuellement : « Ouf! J'ai trop mangé. — Ah non, merci, j'ai pris 5 livres le mois passé. — As-tu idée du nombre de calories là-dedans? — Y parait que les gras saturés... »
Donc, on reçoit un message qui arrive de partout. Et pendant qu'on est plusieurs en quête d'une voie vers l'amour, qu'on n'a jamais sû chercher autrement que par les « J'suis-tu bon? Dis-moi que j'suis bon! Lis mon blogue! », les publicitaires flairent une piste.Ils ont peut-être amorcé le bal de la maigreur malgré eux, mais puisque plusieurs ont accroché, ils en rajoutent : « Et hop! Nouveau chocolat : seulement 100 calories! Faudrait quand même pas trop vous gâter, sinon vous allez devenir plus gros que la fille dans la pub. Et les plus-gros-que-la-fille-dans-la-pub, ben on les aime pas. Na na! » Puis, la fille dans l'annonce, ben elle rapetisse de plus en plus. Et les filles dans la vraie vie qui veulent ressembler à la fille dans l'annonce, elles suivent.
C'est ces filles-là qu'on croise tous dans la rue. Et à en voir autant, on finit par penser que c'est normal. On les voit (ou pas) acheter leurs tonnes de litres de liqueur diète au dépanneur et on n'en pense rien. Sans compter que les publicitaires et autres hauts placés du divertissement ont aussi grandi avec ces mêmes messages et les portent en eux. Ou les propagent. Ou les deux.
N-É-V-R-O-S-E S-O-C-I-A-L-E
- On va dans les défilés de mode, brandissant chips et crème glacée en criant « À bas les squelettes! »?
- On les gave et, si elles ne survivent pas, on revend leur foie gras?
- On trouve un médicament breveté pour les guérir (on peut rendre papy plus dur, on peut surement rendre sa petite-fille plus molle!)
Non. On contrattaque, bâtard!
- On apprend à dire je t'aime, spécialement quand la personne qui en fait l'objet se sent très particulièrement comme une motte.
- On rend hommage à Sir Mix-A-Lot en s'armant d'un crayon, et on remplume joyeusement les mannequins sur les panneaux de pub.
- On apprend aux femmes de notre entourage que la culotte de cheval, supposée dégradante, ben c'est du gras d'allaitement. Pour vrai. C'est pour ça que c'est si dur de s'en débarrasser : le corps la garde jalousement comme nourriture de réserve pour un futur bébé. C'est-ti pas beau ça?
- On écrit un texte sur le blogue de notre ami Mathieu C, en espérant avoir une quelconque incidence. [N.D.L.R.: Voyant son blogue se remplir sans effort, Mathieu C reste assis sur son derrière et... heu... prend du gras d'allaitement.]
- Finalement, on apprend à nos enfants à se valider d'eux-mêmes en leur disant : « T'as vraiment fait de ton mieux! Es-tu fier de toi? » Et en n'oubliant surtout pas de leur dire qu'on les aime, principalement quand ils se sentent particulièrement comme une motte.
J'ai dit.
Doum C (avec quelques pincées de Mathieu C)
22:40 Publié dans Les invités | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Anorexie, trouble alimentaire, mode, publicité




